كسر وصمة الصحة النفسية بالمغرب، الخروج من الصمت والاستشارة — الدكتورة مينا ستلي، طبيبة نفسية في مراكش

Parler de santé mentale au Maroc : briser le tabou, pas les personnes

Au Maroc, la souffrance psychique se vit souvent en silence. La hchouma, la peur du qu’en-dira-t-on et la vieille confusion entre maladie mentale et « folie » retiennent beaucoup de personnes loin d’une consultation qui pourrait pourtant les soulager. L’anxiété, la dépression ou l’insomnie sont des problèmes de santé comme les autres : fréquents, bien connus de la médecine et accessibles au soin. Cet article répond aux craintes les plus souvent entendues en cabinet à Marrakech, avec un objectif simple : que la honte ne décide plus à votre place.

À retenir

  • La dépression touche environ 5 % des adultes dans le monde, selon l’OMS : les troubles psychiques ne sont ni rares ni honteux.
  • Consulter un psychiatre est un soin médical comme un autre, protégé par le secret médical le plus strict.
  • La foi et les soins ne s’opposent pas : beaucoup de patients s’appuient sur les deux à la fois.
  • En cas de détresse aiguë ou d’idées suicidaires, appelez immédiatement le 141 (aide médicale urgente au Maroc).
  • Seule une personne dépressive sur trois reçoit des soins de santé mentale structurés, selon l’OMS.
1 sur 3des personnes dépressives reçoiventdes soins de santé mentale structurésSource : OMS

Pourquoi la santé mentale reste-t-elle taboue ?

Femme dissimulant sa souffrance derrière un sourire dessiné, illustration du tabou de la santé mentale
Le tabou de la santé mentale pousse souvent à cacher sa souffrance derrière une façade rassurante.

La santé mentale reste taboue parce que trois freins se renforcent mutuellement : la hchouma, c’est-à-dire la honte sociale, la peur du regard des autres, et la confusion ancienne entre trouble psychique et « folie ». Dans beaucoup de familles, le mot « psychiatre » évoque encore l’hôpital, l’internement, la perte de raison. La réalité du cabinet est très différente : la grande majorité des consultations concernent des situations ordinaires, un stress qui déborde, un sommeil qui se dérègle, une anxiété qui envahit, une humeur qui s’effondre.

Ce tabou n’est d’ailleurs pas une particularité marocaine. La stigmatisation associée aux troubles mentaux existe partout dans le monde et compte parmi les principaux obstacles à des soins efficaces. Ce qui change d’un pays à l’autre, c’est la forme qu’elle prend. Ici, elle passe souvent par le silence : on attend que « ça passe », on garde le problème dans la famille, on évite le mot qui fâche. Pendant ce temps, la personne qui souffre reste seule avec ses symptômes.

Que coûte le silence ?

Le silence coûte du temps de soin, et ce temps compte : plus un trouble psychique évolue sans prise en charge, plus il s’installe, se complique et retentit sur le travail, le couple et la santé physique. La dépression illustre bien ce paradoxe. Elle touche environ 5 % des adultes dans le monde selon l’OMS, qui identifie la stigmatisation comme l’un des principaux obstacles aux soins. Autrement dit, ce n’est pas la rareté de la maladie qui isole, c’est le tabou qui l’entoure.

En consultation, les conséquences du silence se ressemblent souvent : quatre scénarios reviennent régulièrement.

  • Des symptômes qui s’aggravent : une anxiété non traitée évolue vers des crises de panique, une tristesse durable s’installe et rejoint les signes d’une dépression.
  • Une automédication risquée : alcool, somnifères ou cannabis pris pour « tenir », qui compliquent le tableau au lieu de le soulager.
  • Un retentissement familial et professionnel : irritabilité, absences répétées, conflits, isolement progressif.
  • Une souffrance qui, dans les cas les plus sévères, peut aller jusqu’aux idées suicidaires.

Sur ce dernier point, un réflexe doit être connu de tous : en cas d’idées suicidaires ou de détresse aiguë, on appelle le 141, l’aide médicale urgente au Maroc, sans attendre un rendez-vous.

Idées reçues et réalités

La plupart des craintes qui retiennent de consulter reposent sur des idées reçues, que la réalité clinique contredit point par point. Le tableau ci-dessous reprend les cinq phrases les plus souvent entendues et ce que l’on peut y répondre.

Idée reçueRéalité
« Consulter, c’est être fou »La grande majorité des consultations concernent l’anxiété, la dépression, le sommeil ou le stress. Consulter, c’est se soigner, pas perdre la raison.
« Ça se règle en famille »Le soutien des proches aide beaucoup, mais il ne remplace ni l’évaluation médicale ni le traitement, comme pour toute autre maladie.
« C’est un manque de foi »La souffrance psychique est une question de santé, pas une mesure de la valeur spirituelle d’une personne. Foi et soins avancent très bien ensemble.
« Les médicaments rendent dépendant à vie »Beaucoup de traitements, dont les antidépresseurs, n’entraînent pas de dépendance. La durée se définit avec le médecin et se réévalue régulièrement. Il ne faut jamais arrêter seul un traitement psychiatrique : un arrêt brutal peut provoquer des effets de sevrage. Toute modification se décide avec le médecin.
« Ça finira par passer tout seul »Un trouble installé tend à durer ou à revenir sans prise en charge. Consulter tôt raccourcit l’évolution et évite les complications.

La consultation est-elle confidentielle ?

Oui, totalement : le secret médical couvre tout ce qui se dit en consultation, y compris l’existence même du suivi. Ni la famille, ni l’employeur, ni l’entourage ne sont informés sans votre accord explicite. Il ne s’agit pas d’une simple politesse professionnelle, mais d’une obligation déontologique et légale qui s’impose à tout médecin. La seule limite est la protection de la personne en cas de danger vital immédiat.

Concrètement, un cabinet de psychiatrie fonctionne comme n’importe quel cabinet médical : sur rendez-vous individuel, dans un cadre discret, avec un dossier qui reste entre les mains du médecin. Ce que vous confiez en séance n’en sort pas. Cette garantie change souvent tout pour les patients qui hésitaient : on peut se soigner sans que personne ne le sache, aussi longtemps qu’on le souhaite.

Foi, famille et soins : compatibles ?

Oui : consulter un psychiatre n’exige de renoncer ni à ses convictions ni à ses liens, et les soins n’entrent pas en concurrence avec la foi. Beaucoup de patients décrivent au contraire leur spiritualité comme une ressource pendant le traitement, un appui plutôt qu’un obstacle. Le rôle du psychiatre n’est pas de juger des croyances : il est d’évaluer une souffrance et de proposer des soins qui respectent la personne, son rythme et ses valeurs.

La famille, elle, peut devenir une alliée précieuse dès lors qu’elle comprend qu’il s’agit d’une maladie qui se soigne, pas d’une faiblesse de caractère. Informer ses proches reste toutefois un choix personnel. Certains patients préfèrent avancer d’abord seuls, puis en parler une fois les premiers progrès ressentis. Les deux chemins sont légitimes.

Le suivi s’adapte aussi aux réalités concrètes de la vie religieuse et familiale, par exemple pendant le jeûne : la question du traitement psychiatrique pendant le Ramadan se prépare en consultation, calmement, sans improvisation.

Comment franchir le pas ?

Silhouette bras ouverts face au lever du soleil, franchir le pas et briser le tabou de la santé mentale
Prendre rendez-vous, c’est déjà sortir du silence et se donner une chance d’aller mieux.

Le plus simple est de prendre un premier rendez-vous d’évaluation, sans autre engagement : cette consultation sert à comprendre ce qui vous arrive, à poser vos questions et à décider ensemble de la suite. D’après l’Assurance Maladie, parler d’abord à un médecin de confiance, généraliste compris, constitue une porte d’entrée tout à fait valable vers les soins psychiques.

Quelques repères aident ensuite à passer de l’intention au rendez-vous :

  • Clarifier ce qui vous pèse le plus (sommeil, angoisse, humeur, consommations) : une seule phrase suffit pour commencer.
  • Choisir le bon interlocuteur : psychiatre ou psychologue, selon votre situation et vos besoins.
  • Savoir à quoi vous attendre : le déroulement d’une première consultation chez le psychiatre est bien plus simple que ce que l’on imagine.
  • Ne pas attendre en cas d’urgence : le 141 répond à toute heure, partout au Maroc.

Et si la peur du regard des autres revient au moment de composer le numéro ? Rappelez-vous ceci : prendre soin de sa santé mentale est un acte de responsabilité envers soi et envers ceux qu’on aime, pas un aveu de faiblesse.

Questions fréquentes

Consulter un psychiatre signifie-t-il être fou ?

Non. Le psychiatre est un médecin spécialiste qui soigne des troubles fréquents : anxiété, dépression, insomnie, addictions, stress professionnel. La grande majorité des personnes suivies mènent une vie ordinaire, travaillent et s’occupent de leur famille. Consulter signifie simplement se soigner, comme on le ferait pour n’importe quelle autre question de santé.

Mes proches seront-ils informés de ma consultation ?

Non, sauf si vous le décidez vous-même. Le secret médical couvre l’existence du suivi, le contenu des séances et le dossier. Le psychiatre ne contacte ni la famille, ni l’employeur, ni qui que ce soit sans votre accord. Vous restez seul juge de ce que vous partagez, avec qui et à quel moment.

La religion interdit-elle de consulter un psychiatre ?

Cette question relève des convictions de chacun, et le rôle du médecin n’est pas de trancher un débat spirituel. En pratique, foi et soins coexistent sans difficulté : de très nombreux patients pratiquants suivent un traitement ou une psychothérapie tout en gardant leurs repères religieux, qui restent souvent un appui pendant le parcours.

Comment en parler à ma famille ?

Choisissez une personne de confiance, un moment calme et des mots simples : « je consulte un médecin pour mon sommeil et mon stress ». Vous n’êtes pas obligé de tout détailler ni d’en parler à tout le monde. Si le dialogue vous semble difficile, cette question peut aussi se préparer en consultation, avec le médecin.

Et si quelqu’un me voit au cabinet ?

Cette crainte est très fréquente, et elle s’apaise vite : un cabinet de psychiatrie ressemble à n’importe quel cabinet médical, avec des rendez-vous individuels et un cadre discret. Et si quelqu’un vous y croise, il s’y trouve pour les mêmes raisons que vous. Consulter est un acte de santé, rien de plus.

Cet article est fourni à titre d’information et ne remplace pas une consultation médicale : chaque situation mérite une évaluation individuelle. En cas de détresse aiguë ou d’idées suicidaires, appelez le 141 (aide médicale urgente, Maroc). Si le tabou vous a retenu jusqu’ici, faites-en le premier sujet de la séance : c’est un excellent point de départ.

Prendre rendez-vous avec la Dre Mina SATLI

Sources

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En cas d'urgence psychiatrique : SAMU 141